Au cœur de la cité aux sept canaux, où l’eau vive chante sous les roues des moulins, Le Petit Train glisse silencieusement comme une barque à roues. Depuis son quai d’embarquement face à l’Office de Tourisme, cette balade commentée dévoile les secrets de la "Venise comtadine" avec la douceur obstinée des choses vraies.
Le voyage offre deux visages complémentaires. Le Circuit Ville (40 minutes) serpente dans le dédale des ruelles historiques, frôlant les célèbres boutiques d’antiquaires, la Collégiale Notre-Dame-des-Anges aux orgues majestueuses, et les roues à aubes moussues qui rappellent l’âge d’or des lavandières. Les commentaires dévoilent l’épopée des pêcheurs de goujons et la naissance des hôtels particuliers aux portes sculptées.
Puis le Circuit Campagne (50 minutes) s’évade vers les berges ombragées où les platanes centenaires trempent leurs racines dans la Sorgue. Il traverse les jardins familiaux cultivés sur les îlots, dévoile des cours d’eau secrets où glissent les canards, et offre des perspectives inédites sur la ceinture aquatique qui enserre la ville comme un écrin liquide.
À bord des wagons, les coussins profonds accueillent les rêveurs. Les écouteurs diffusent des commentaires en français, anglais et néerlandais, révélant des pépites méconnues : l’histoire des "chevalets de Sorgue" où les lavandières battaient le linge, ou la raison des escaliers submergés devant les maisons bourgeoises. Le chauffeur-guide, véritable mémoire vive de la cité, ponctue le trajet d’anecdotes savoureuses.
Le train quitte le quai Jean Jaurès d’avril à septembre de 10h à 12h puis de 14h à 18h, avec des départs toutes les trente minutes. Hors saison, il ne circule que les week-ends et durant les vacances scolaires. Comptez 8€ pour les adultes, 5€ pour les enfants de 4 à 12 ans, et 6€ par personne pour les groupes de quinze voyageurs ou plus. La réservation via le site officiel est conseillée, surtout lorsque le soleil provençal fait affluer les curieux.
Ce qui transforme cette balade en expérience, c’est ce rythme paisible de 8 km/h qui permet de saisir les détails invisibles aux marcheurs pressés : le reflet des façades ocre dans l’eau verte, les chats somnolant sur les appuis de fenêtre, ou les volets bleus soulignés de géraniums écarlates. Les seniors y retrouvent des souvenirs d’enfance, les enfants guettent les ragondins entre les roseaux, et les amoureux du patrimoine décryptent l’architecture comtadine.